Les niveaux du leadership, tels que John Maxwell les a formalisés, décrivent une progression linéaire : position, permission, production, développement des personnes, sommet. Ce modèle reste l’un des plus cités dans la littérature managériale francophone. La question qui se pose aujourd’hui porte moins sur la validité de cette échelle que sur sa capacité à décrire ce qui se joue réellement dans une organisation où l’influence ne provient plus d’une seule source.
Leadership algorithmique et manager intermédiaire : une grille à trois acteurs
Le modèle de Maxwell repose sur un postulat implicite : le leader est une personne identifiable, qui progresse d’un niveau à l’autre par ses compétences relationnelles et ses résultats. Dans les organisations actuelles, l’influence est exercée simultanément par un humain, une équipe et un algorithme.
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Un système de gestion algorithmique peut attribuer des tâches, évaluer la performance et même décider de la répartition des ressources. Le rôle du manager intermédiaire devient alors celui d’un traducteur entre la logique automatisée et les besoins de l’équipe. Ce positionnement ne correspond à aucun des cinq niveaux classiques.
| Source d’influence | Type de décision | Niveau Maxwell correspondant |
|---|---|---|
| Manager intermédiaire | Arbitrage relationnel, gestion des conflits | Permission / Développement |
| Équipe distribuée | Auto-organisation, résolution collective | Production (partiellement) |
| Algorithme de gestion | Attribution de tâches, scoring de performance | Aucun niveau défini |
Ce tableau met en lumière un angle mort : le leadership exercé par un système automatisé n’entre dans aucune catégorie du modèle par niveaux. Le manager intermédiaire, lui, se retrouve à naviguer entre plusieurs niveaux en même temps selon l’interlocuteur (humain ou machine).
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Les cinq niveaux de leadership de Maxwell : ce que le modèle décrit encore bien
Le cadre proposé par Maxwell conserve une utilité pédagogique pour les leaders en début de parcours. La progression du niveau 1 (position) au niveau 3 (production) décrit un passage que la plupart des managers vivent concrètement.
- Au niveau position, l’autorité repose sur le titre. Les collaborateurs suivent parce qu’ils y sont tenus, pas par adhésion.
- Au niveau permission, la relation prend le relais du statut. Le leader obtient un engagement volontaire fondé sur la confiance.
- Au niveau production, les résultats tangibles de l’équipe valident la légitimité du leader aux yeux de l’organisation.
Les niveaux 4 (développement des personnes) et 5 (sommet) décrivent une influence plus large, où le leader forme d’autres leaders et laisse un héritage durable. Cette partie du modèle reste pertinente dans les structures où le leadership est concentré sur une figure identifiable.
En revanche, le modèle ne prend pas en compte la sécurité psychologique comme critère opérationnel. Les travaux sur l’efficacité des équipes, notamment ceux de Google, identifient la possibilité de s’exprimer sans subir de sanction comme un facteur majeur du fonctionnement collectif. Cela déplace l’évaluation du leader : ce n’est plus son niveau sur une échelle qui compte, mais sa capacité à créer un environnement où les désaccords peuvent être formulés.
Confiance et développement du leadership : les limites des formations courtes
Le leadership tend à être évalué par la confiance accordée aux dirigeants, et non par leur seule capacité à influencer. Ce glissement change la nature même de ce que signifie « monter d’un niveau ».
Un leader de niveau 2 (permission) dans le modèle Maxwell est censé avoir gagné la confiance de son équipe. Dans la pratique, la confiance se mesure par des comportements observables, pas par une étiquette de niveau. Un manager peut occuper un poste de direction depuis des années sans que son équipe lui accorde une confiance réelle.
Les formations au leadership produisent rarement des changements durables lorsqu’elles sont trop courtes ou déconnectées du terrain. Un séminaire de deux jours sur les « cinq niveaux » ne transforme pas un leader de niveau 1 en leader de niveau 3. Le développement du leadership exige un ancrage dans la pratique quotidienne, pas une montée symbolique sur une échelle théorique.
Ce que le modèle par niveaux ne mesure pas
Trois dimensions échappent à la grille de Maxwell :
- La capacité du leader à collaborer avec des systèmes algorithmiques qui prennent des décisions de gestion à sa place ou en parallèle.
- La sécurité psychologique de l’équipe, qui dépend moins du « niveau » du leader que de ses micro-comportements au quotidien.
- Le leadership distribué dans les équipes autonomes, où personne n’occupe formellement le rôle de leader mais où l’influence circule selon les compétences mobilisées.

Niveaux du leadership en organisation hybride : faut-il changer de grille ?
Dans une organisation hybride où les décisions sont partagées entre un manager, une équipe distribuée et des outils automatisés, la notion de « niveau » perd une partie de sa lisibilité. Le manager intermédiaire ne gravit pas les échelons d’une pyramide linéaire : il passe d’un registre à l’autre plusieurs fois par jour.
Le matin, il arbitre un conflit relationnel (registre de la permission). L’après-midi, il conteste une recommandation algorithmique qu’il juge inadaptée à son équipe (registre sans équivalent dans le modèle). Le lendemain, il accompagne un collaborateur dans sa montée en compétences (registre du développement).
Le leadership fonctionne moins comme une échelle que comme un répertoire de registres activés selon le contexte. Le modèle de Maxwell reste un outil de lecture utile pour nommer ces registres, à condition de ne pas le traiter comme un parcours séquentiel obligatoire.
La grille à cinq niveaux décrit bien la maturation d’un leader individuel dans un cadre stable. Elle décrit moins bien ce qui se passe quand l’influence est fragmentée entre plusieurs acteurs, dont certains ne sont pas humains. Le critère qui distingue un leadership opérant d’un leadership formel n’est pas le niveau atteint sur une échelle, mais la qualité de la confiance construite dans chaque interaction, y compris celles que l’on ne contrôle pas.

