La formation continue séduit de plus en plus de salariés en 2024

La formation continue séduit de plus en plus de salariés en 2024, mais les mécanismes de financement et les contraintes réglementaires récentes redessinent profondément le profil des bénéficiaires. Entre le reste à charge imposé sur le CPF et le recentrage vers les certifications inscrites au RNCP, la dynamique quantitative masque des déséquilibres structurels que les directions formation doivent intégrer dans leur planification.

Reste à charge CPF et impact sur la composition des cohortes

Depuis le 2 mai 2024, une participation forfaitaire de 100 euros s’applique à chaque mobilisation du CPF, sauf pour les demandeurs d’emploi et les formations cofinancées par l’employeur. Ce ticket modérateur, présenté comme un outil de responsabilisation, a provoqué un effet de sélection immédiat.

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La part des ouvriers et employés parmi les bénéficiaires du CPF est passée de 59 % en 2022 à 53 % en 2025 selon une analyse du Monde. Ce recul de six points traduit un décrochage réel des catégories les moins rémunérées, pour lesquelles 100 euros représentent un arbitrage budgétaire significatif.

Les cadres et professions intermédiaires, eux, absorbent ce coût sans difficulté. Nous constatons que le dispositif, conçu pour démocratiser l’accès à la formation, produit désormais un effet de concentration vers les publics déjà les mieux formés. Les entreprises qui souhaitent maintenir l’accès de leurs opérateurs à la formation doivent envisager le cofinancement employeur, seul levier pour exonérer ces salariés du reste à charge.

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Groupe de salariés adultes participant à une session de formation professionnelle en salle avec un formateur

Formations certifiantes : le filtre RNCP et Répertoire spécifique

Le CPF ne finance plus que les actions préparant à une certification inscrite au RNCP ou au Répertoire spécifique. Les formations courtes non certifiantes, même pertinentes pour une montée en compétences opérationnelle, sont exclues du périmètre de financement.

Cette contrainte oriente massivement les choix vers des parcours longs et diplômants. Elle pénalise les besoins de formation informelle ou les modules ciblés de quelques heures, pourtant adaptés aux rythmes de travail en entreprise.

Conséquences sur l’ingénierie de formation

Les organismes de formation restructurent leur offre pour obtenir ou conserver des certifications éligibles. Ce mouvement favorise la standardisation des contenus au détriment de la personnalisation. Un responsable formation qui cherche à répondre à un besoin spécifique (adaptation à un nouvel ERP, prise en main d’un outil métier) se retrouve face à un catalogue certifiant qui ne couvre pas toujours la granularité attendue.

  • Les blocs de compétences du RNCP permettent un découpage partiel, mais leur mise en œuvre reste lourde administrativement pour les petites structures.
  • Le Répertoire spécifique couvre des certifications transversales (langues, bureautique, habilitations), mais exclut de nombreuses compétences émergentes liées à l’intelligence artificielle ou à la data.
  • Les entreprises de moins de 50 salariés, dont le plan de développement des compétences est cofinancé par l’OPCO, subissent une double contrainte : éligibilité CPF et accord de branche.

Intelligence artificielle et nouveaux besoins de compétences en entreprise

L’essor de l’IA générative a créé une demande de formation que les catalogues classiques peinent à satisfaire. Les compétences liées à l’IA ne sont pas encore stabilisées dans les référentiels de certification, ce qui crée un décalage entre l’urgence terrain et l’offre finançable.

Les salariés qui souhaitent se former à l’utilisation de modèles de langage ou à l’automatisation de tâches se tournent vers des formations non éligibles au CPF, financées sur fonds propres ou via le plan de l’entreprise. Ce phénomène renforce le rôle de l’employeur comme financeur direct de la montée en compétences sur les sujets émergents.

Arbitrage entre certification et opérationnalité

Les directions formation font face à un choix structurant. D’un côté, les parcours certifiants RNCP apportent une reconnaissance institutionnelle et sécurisent les parcours professionnels. De l’autre, les formations courtes non certifiantes répondent plus vite aux mutations technologiques.

Nous observons que les entreprises les plus avancées combinent les deux approches : un socle certifiant financé via le CPF ou l’OPCO, complété par des modules courts financés sur le plan de développement des compétences. Cette hybridation suppose une ingénierie budgétaire fine et une coordination étroite entre le service RH et les managers opérationnels.

Jeune salarié suivant une formation en ligne depuis chez lui sur une tablette dans un espace de travail à domicile

Permis de conduire et détournement d’usage du CPF

Les usages du CPF restent fortement concentrés sur les permis de conduire. Cette réalité statistique nuance l’idée d’une montée en compétences professionnelles généralisée. Une part significative des dossiers CPF ne correspond pas à un projet de formation lié au poste occupé.

Pour les responsables formation, ce constat a une implication directe : le volume global de formations financées par le CPF ne reflète pas l’effort réel de développement des compétences en entreprise. Les indicateurs internes (taux d’accès à la formation par catégorie, heures de formation par salarié, taux de certification obtenue) restent les seuls métriques fiables pour piloter une politique de formation.

Distinguer accès à la formation et montée en compétences

Le taux de participation à la formation continue progresse en Europe. Près d’un actif sur deux déclare avoir suivi une formation au cours des douze derniers mois. Ce chiffre agrège des réalités très différentes :

  • Des formations obligatoires (sécurité, habilitations) comptabilisées au même titre que des parcours volontaires de reconversion.
  • Des actions CPF individuelles sans lien avec l’activité professionnelle exercée.
  • Des parcours certifiants longs portés par l’employeur dans le cadre d’une GPEC structurée.

La lecture brute des statistiques d’accès à la formation continue en 2024 est donc trompeuse. L’enjeu pour les professionnels RH n’est pas d’augmenter le volume, mais de cibler les actions à forte valeur ajoutée pour l’employabilité des collaborateurs et la performance de l’entreprise.

La formation continue en France traverse une phase de rationalisation. Le reste à charge, le filtre certifiant et l’émergence de besoins non couverts par les référentiels actuels obligent à repenser l’articulation entre CPF individuel et plan employeur. Les entreprises qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui sauront combiner financement public et investissement direct, sans confondre volume de formation et transformation réelle des compétences.